La grille ALARM est un tableau qui sert à analyser les causes d’un événement indésirable associé aux soins. Elle croise les écarts constatés pendant la prise en charge avec sept familles de facteurs contributifs, du patient jusqu’au contexte institutionnel.
Une grille ALARM vierge se réduit à ces sept lignes et à quelques colonnes : le facteur, ce qui a contribué, ce qui a protégé, l’action proposée.
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Grille ALARM : définition et origine de la méthode
La méthode vient du protocole d’analyse des incidents cliniques publié par Vincent, Taylor-Adams et leurs collègues, avec l’association de la gestion du contentieux et des risques (ALARM). Une version française a paru en 2002 dans les Annales françaises d’anesthésie et de réanimation.
La Haute Autorité de santé la décrit dans sa fiche 23 comme une technique de recherche approfondie des facteurs contributifs, fondée sur un protocole formalisé et non culpabilisante. Le principe et le déroulé complet sont détaillés dans notre article sur le principe de la méthode ALARM, ici on s’intéresse à l’outil lui-même.
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Grille ALARM vierge : colonnes et lignes à reproduire
Pour recopier la grille dans un tableur ou un traitement de texte, il suffit de reprendre la structure suivante. Chaque ligne correspond à une famille de facteurs, et chaque colonne à une question.
| Famille de facteurs | Ce qui a contribué à l’événement | Ce qui a protégé | Action proposée |
|---|---|---|---|
| Patient | |||
| Tâches à accomplir | |||
| Individu (professionnel) | |||
| Équipe | |||
| Environnement de travail | |||
| Organisation et management | |||
| Contexte institutionnel |
Rien n’oblige à garder ces intitulés de colonnes tels quels : un service peut les adapter, comme on part d’un exemple de document pour créer son propre modèle. Seules les sept lignes structurent l’analyse.
Les 7 familles de facteurs contributifs de la grille ALARM
Voici les familles de la fiche 23 de la HAS, avec une question type pour chacune.
- Patient : l’âge, la gravité de l’état ou la complexité du cas ont-ils pu contribuer à l’événement ? La langue parlée posait-elle une difficulté ?
- Tâches à accomplir : existait-il un protocole, était-il connu, disponible et à jour ? Les tâches étaient-elles bien définies ?
- Individu : les professionnels impliqués avaient-ils la formation, l’expérience et la disponibilité nécessaires pour cet acte ?
- Équipe : l’information a-t-elle circulé entre les professionnels, et chacun savait-il qui faisait quoi ?
- Environnement de travail : les locaux, le bruit, la chaleur ou les transferts du patient ont-ils affecté la pratique ?
- Organisation et management : les circuits de décision, la gestion des remplacements et de l’intérim étaient-ils définis et connus ?
- Contexte institutionnel : des contraintes extérieures à l’établissement, comme les ressources disponibles ou les relations avec d’autres structures, ont-elles pesé ?
Depuis l’évolution du protocole de Londres en 2024, la HAS publie une grille à huit catégories, avec une catégorie dédiée aux systèmes d’information et à la technologie. La version à sept familles reste celle du formulaire de déclaration des événements indésirables graves, d’où son intérêt pour un premier apprentissage.

Chronologie et soins non sécuritaires avant de remplir la grille
La HAS met en garde contre l’usage de la grille comme une simple liste de cases à cocher. Les faits sont d’abord recueillis de façon précise, sur une base chronologique : qui a fait quoi, à quel moment, avec quel résultat.
On repère ensuite chaque écart de soin dans cette chronologie, un par un. Chaque écart passe alors dans les sept lignes, avec les questions « Pourquoi ? » et « Qu’a-t-il fallu pour que cela arrive ? ». La fiche de signalement de l’événement précède cette étape, elle donne les faits de départ.
Exemple de grille ALARM remplie : une erreur d’administration
Voici un cas fictif, construit pour l’exercice. Une infirmière administre à un patient un médicament prescrit pour un autre patient de la même chambre. L’erreur est repérée avant tout effet, grâce à une vérification tardive du bracelet d’identification.

| Famille | Ce qui a contribué | Action proposée |
|---|---|---|
| Tâches à accomplir | Le contrôle d’identité avant l’administration existe mais n’est pas appliqué à chaque passage | Rappeler le protocole et l’intégrer à la préparation des plateaux |
| Individu | Une infirmière remplaçante, peu familière du service | Prévoir un temps d’accueil à la prise de poste |
| Équipe | Deux patients de même nom dans la chambre, non signalés lors de la relève | Afficher une alerte homonymie dans le dossier |
| Organisation et management | Un remplacement décidé le matin même, sans passage de consigne écrit | Formaliser un livret d’accueil pour les remplaçants |
Une action vise chaque cause, et aucune ne se limite à « être plus vigilant ». Les familles sans facteur identifié restent dans le tableau avec la mention correspondante, pour montrer qu’elles ont été examinées.
Grille ALARM en IFSI et en CREX
En IFSI, la grille sert à analyser une situation vécue en stage : l’étudiant décrit les faits, puis passe chaque écart dans les familles de facteurs. Le travail attendu est une analyse systémique, pas la recherche d’une faute individuelle.
Le CREX, comité de retour d’expérience, est l’un des cadres formalisés où la HAS situe la méthode, avec les RMM et les REMED. Les professionnels y examinent ensemble un événement avec la grille, ce qui évite l’analyse faite seul. Cette logique d’échange rejoint le rythme de réunions d’équipe régulières, quand le service en tient.
Les erreurs qui faussent l’analyse d’une grille ALARM
La première erreur est de s’arrêter à l’acte du professionnel : une cause apparente n’est pas une cause racine. La grille existe précisément pour remonter plus loin.
Les autres erreurs courantes :
- chercher un coupable, alors que la méthode est conçue pour ne pas en désigner, ce qui suppose une culture d’équipe sans recherche de coupable ;
- écrire des actions vagues, sans pilote ni échéance ;
- remplir la grille seul, sans les personnes présentes lors de l’événement.
Une grille correctement remplie débouche sur un plan d’actions, que la HAS invite à engager dès la fin de l’analyse des facteurs contributifs.

